Les marches fédérales organisées par les clubs qui en organisent plusieurs par an, au contraire des marches Adeps, portent toutes un nom bien spécifique, comme Marche du Printemps, Marche des Jonquilles ou Marche des Châteaux, etc.
Celle où je me rends aujourd’hui à l’invitation du club de la Godasse gaumaise, à Ethe, près de Virton, se nomme la Marche du Daru !
Je vous dois donc une petite explication avant le départ.

Le daru ! Mais qu’est-ce que cela peut bien être ?
Il s’agit d’un animal rare et qui n’était chassé qu’à des occasions bien spéciales.
Certains avaient les deux pattes de gauche plus courtes, pour d’autres c’étaient les pattes de droite, ce qui fait que lorsqu’un mâle d’une espèce rencontrait une femelle de l’autre, les jeunes avaient souvent les 4 pattes égales, qu’elles soient courtes ou longues.
Ils portent des noms différents selon les régions où ils se sont installés.
Dans les Alpes et les Pyrénées, d’où ils sont probablement issus, on parle de dahu, en Bourgogne de darhut, de tamarro en Catalogne, wolpertinger en Bavière et même jackalope en Amérique du Nord ! On en trouve donc partout, mais sous différentes formes.
En Gaume, ce sont donc des darus, alors qu’en Hainaut on trouve plutôt des daris, mais aussi des lurcettes ailleurs en Ardenne, comme par exemple à Sprimont ou Harre !

Le point commun entre ces animaux aussi rares que fantastiques, c’est qu’on les chasse à la tombée de la nuit.
Être invité à une chasse au daru était souvent une marque d’estime que les habitants d’un village offraient à des nouveaux venus.
Une espèce de rite d’initiation pour leur souhaiter la bienvenue dans le village !
Les chasseurs postaient le nouveau venu seul, à un endroit stratégique de passage du daru, à l’affut à côté d’un trou dans une haie, preuve que l’animal passait régulièrement par cet endroit.
Pendant ce temps, les rabatteurs faisaient le tour du bois par un autre chemin afin d’envoyer la proie dans sa direction. Il ne restait plus au gaugau (c’est ainsi qu’on appelait gentiment les nouveaux arrivants) qu’à attraper la bête qui fuyait ses poursuivants dans un grand sac de jute et de prévenir ensuite ses équipiers par un coup de sifflet triomphant avant de rentrer tous ensemble au village pour fêter comme il se doit la fin de la chasse.
Hélas, le daru ne se laisse pas attraper facilement et il était courant que les rabatteurs, quelque peu éméchés par les rasades de péket ingurgitées lors de la battue, ne rentrent en oubliant de prévenir le brave gogo qui ne revenait souvent que plusieurs heures après eux au village !!!
Le brave, pour s’excuser de revenir bredouille, payait la goutte à tout le monde et était dès lors accepté dans le village comme chasseur de daru méritant ! 😉

En ce qui concerne la marche du jour, je ne sais pas si j’aurais le plaisir d’apercevoir un de ces étranges animaux, mais une chose est certaine, j’ouvrirai l’œil ! Et le bon !
Après la sortie du village, on commence par une petite balade bucolique le long du Ton, la petite rivière locale.

Nous remontons ensuite vers le nord par la « Route des Résistants » qui nous mène vers un monumental et imposant obélisque commémorant une bataille importante qui eût lieu à Ethe en août 1914 et qui décima de nombreux soldats français.

Un peu plus loin, le cimetière militaire de Laclaireau réunit 325 tombes de fantassins, hussards et artilleurs français tombés à Ethe en août 1914.

La rotonde des officiers

De nombreuses anciennes fermes comme celle-ci ont été préservées « dans leur jus ».

Pour savoir pourquoi l’endroit s’appelle Laclaireau, il suffit de jeter un coup d’œil sur les petits cours d’eau d’une étonnante limpidité.

De là, nous entrons dans les bois en allant en direction de Saint-Léger

Sympas ces petites explications fournies par les organisateurs de la marche

Cette Croix du Taureau rappellerait la mort d’un ouvrier de la Neuve Forge tué par un de ses collègues à qui il souhaitait faire une blague en se déguisant sous une peau de vache afin de lui faire peur.
Ce n’était pas une bonne idée ! L’autre avait un fusil ! 😟

Merci à ces propriétaires qui acceptent de nous laisser traverser leurs bois.
Ceci dit, on est sur le parcours des 20km, soit avec des marcheurs nettement plus respectueux et calmes que bien d’autres. 🙄

La Voie des Bourriques, empruntée autrefois pour le transport du minerai de fer et du charbon de bois !

La croix Renson, érigée en mémoire de quelques Hussards tombé dans une embuscade allemande le même jour que leurs camarades à Ethe.

Un cyclo tourne en rond avant de prendre la décision de sa vie. Traversera ou traversera pas ?

Traversera ! Mais comme moi… sur la passerelle ! 😉

Aux points de contrôles, l’accueil est souriant ! 😉

L’arrivée est en vue !

Face au danger, je ne recule pas, je continue d’avancer vers la récompense du jour !

J’adore ce petit restaurant « Au cœur de la Gaume ». J’y suis allé il y a déjà plusieurs années après une de mes balades dans le coin pour y goûter leur spécialité régionale: la toufaye.
Quel délice ! 😋
Il s’agit moins d’un restaurant que d’un bistrot du terroir, comme les estaminets qu’on rencontre encore parfois en Flandre ou dans le nord de la France ! Je les adore 😋
A conseiller si vous passez dans le coin vous ne serez pas déçus.

Mais aujourd’hui, je penche plutôt pour une autre des spécialités de la région servie à l’arrivée: une part de pâté gaumais et sa bière qui l’accompagne si bien.

Comme souvent, j’ai passé une excellente journée. Beaucoup de gens sympas, des bénévoles souriantes et des bénévoles attentionnés à l’arrivée tout comme sur les points de contrôle.
Pas mal de français aussi comme j’ai pu l’entendre. C’est un avantage pour les clubs frontaliers. Je ne pense pas qu’en France ils aient ce genre d’organisation de clubs de marche, ce qui fait que de nombreux Ardennais de l’autre côté de la frontière viennent participer aux activités de leurs voisins du nord. Tout le monde est gagnant !

Seule petite déception du jour: je n’ai pas aperçu le moindre daru !
Dommage !
Peut-être ont-ils été effrayés par les marcheurs partis avant moi ?
A moins que ce ne soit tout simplement parce qu’au départ ce matin on ne m’ait moi aussi pris pour le gogo de l’histoire ? 😏
Il faudra donc que je revienne un jour marcher dans le coin afin de démêler le vrai du possible et le possible du faux ! 😉