Il s’agit du titre d’un livre découvert au cours de mes « études » sur l’Ardenne, écrit par Adrien-Jules de Durand de Prémorel, dit Adrien de Prémorel, né à Bruxelles le 17 mars 1889 et y est décédé le 28 février 1968. Ecrivain régionaliste et folkloriste belge, il y raconte une de ses nombreuses excursions dans cette Ardenne qu’il aimait tant.
Il était de ceux que l’on pourrait aujourd’hui qualifier d’écologiste avant la lettre ! Même si de nos jours, il ne ferait plus vraiment l’unanimité parmi eux : en dehors de l’écriture, deux de ses passions étaient en effet la chasse et la pêche, et en tant que fin chasseur et excellent pêcheur, il aimait probablement aussi la bonne chair !
C’était avant tout un amoureux de la nature en général et de l’Ardenne en particulier.
Moi aussi ! Mais c’est probablement la seule chose que j’ai en commun avec lui : je n’ai pas quitté mon Ardenne natale pour la capitale, moi j’y suis arrivé pour y passer mes derniers jours, je ne suis pas rentier et je n’ai donc pas les moyens d’effectuer cette randonnée d’une seule traite en dinant au restaurant chaque jour et en passant mes nuits dans les hôtels encore relativement nombreux, souvent aux haltes du tramway sur les lignes vicinales de l’époque ! Dernière différence, et non des moindres : je ne suis pas écrivain !!!
C’est la raison pour laquelle je ne fais qu’emprunter, sans volonté d’y gagner quoi que ce soit, une partie partie de ses textes pour commenter ma propre randonnée. C’est plein de poésie, et nettement mieux écrit par lui que je ne pourrai jamais le faire.
Dans ce livre, il nous raconte son « excursion » en tramway effectuée pendant l’été 1943.
J’ai trouvé amusant, et surtout pour moi, intéressant, de refaire ce trajet en mode « pèlerin d’Ardenne ». En suivant les parcours des réseaux de chemins de fer qui étaient surtout aménagés le long de cours d’eau, la Lomme, la Lesse, l’Almache (qu’Adrien de Prémorel orthographie l’Halmaiche) et la Semois. Ce qui m’arrangeait bien !
C’est à cette petite balade en compagnie d’Adrien, que je vous invite de participer. Afin de ne pas prêter à confusion, j’ai préféré retranscrire les phrases extraites du livre entre guillemets « … » et noir sur blanc. Les miens seront écrits en vert ! 😉
J’ai trouvé sympa de faire correspondre mes propres photos à des vues de cartes postales anciennes, histoire de vous remettre un peu dans l’ambiance de l’écrivain.
Je ne sais pas si c’est autorisé, mais
Donc, pour les photos, pas de triche non plus : les cartes postales sont en noir et blanc et mes photos sont en couleur 😉 !
Comme cela, c’est clair dès le départ.
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« Rochefort est notre point de départ. En ce beau jour de juillet, la villette claire s’étage joliment sur les bords de la Lomme d’où ces maisons, vers le château montent en ribambelle… »





«… Si, par la rue Jacquet, nous montons vers le château, nous voyons, en face de lui s’amorcer à notre gauche une drève plantée de tilleuls si vieux qu’on ne connaît plus leur âge. Cette longue allée, toute droite, nous conduit au seuil d’une petite chapelle dédiée à Notre-Dame de Lorette. Elle est construite sur un rocher qui surplombe, de très haut, la vallée de la Lomme. La chapelle a baptisé cette double file d’arbres vénérables nommée « Drève de Lorette ». Or, cette drève et la chapelle ont leur légende…
… Ardent veneur, le comte (du château) avait une meute pour courir le cerf ou le sanglier tandis que pour voler le lièvre ou la perdrix, autours et faucons perchaient dans leur cage. A ces bêtes qu’il aimait, le seigneur avait joint, par caprice, un singe de grande taille acheté fort cher à quelque bateleur.
(…) C’était une guenon d’assez mauvais caractère mais qui, bien traitée, s’apprivoisa très vite… Curieuse de tout, la bête s’intéressait surtout au bébé (du comte et de la comtesse) donnant, dès son apparition, les signes de l’émoi le plus vif… Sans doute, la pauvre guenon avait en même temps que la liberté, perdu son petit. (…) Un jour d’été, le grand singe parvint à se libérer. Sous les yeux de la nourrice (…) il se saisit de l’enfant et disparut avec lui par la fenêtre. (…) En hâte s’organisa la poursuite à laquelle, plus morte que vive, la pauvre mère voulut cependant prendre part. (…) Et l’angoisse étreignit tous les cœurs car l’animal allait tout droit vers une crête rocheuse qui dominait à pic la rivière.
« Douce Vierge, dit la châtelaine, où je retrouverai mon fils sain et sauf, je fais vœu de bâtir une chapelle. »
Or, quand la troupe fut au sommet des rochers, la comtesse vit, déposé sur le bord même de l’abîme, son fils indemne et toujours endormi.
Suivant sa promesse, la châtelaine fit ériger en cet endroit une chapelle.
(…) Et le singe ? me direz-vous… La légende reste muette sur son sort. »


Bon, d’accord, la réalité est probablement un peu moins… exotique.
La légende de cette mère qui retrouve son enfant sain et sauf a au moins permis à cette chapelle de devenir ce qu’on appelle un « sanctuaire de répit ».
Lorsqu’un enfant était mort-né, les parents l’emmenaient dans certaines chapelles consacrées à la Vierge afin qu’elle intercède en vue de l’accomplissement d’un miracle : un répit, retour momentané à la vie, le temps de le baptiser pour qu’il puisse être enterré dans le cimetière paroissial et entrer au Paradis.
Saviez-vous que Notre-Dame de Lorette était aussi la patronne des aviateurs ?
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« Sous la chapelle, dans une excavation du rocher, se trouve une Mise au Tombeau maintenant défendue par une grille. Des statues passablement éclopées l’entourent. A l’époque du tirage au sort, les conscrits venaient prier devant elles. Ceux qui tiraient un mauvais numéro, jetaient, par représailles les statues dans le vide. Et le garde champêtre, paisiblement, allait les ramasser pour les remettre à leur place. »


Cette « Mise au tombeau » était constituée des statues du Christ, de la Vierge et de Saint Jean, en chêne, des 16e et 17e siècles.
Là, je ne sais pas si le saccage par des conscrits était d’une légende, mais le fait est qu’il y a quelques années, lors d’un précédent passage, un gisant du Christ bien mal en point était encore visible entre les étais en bois qui soutenaient la voûte.
Depuis, une étude a commencé en 2018 en vue de la restauration du site et je suppose que ces statues ont été mises à l’abri en attendant les résultats ! Wait and see !
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« … Il est temps de nous embarquer pour notre voyage : le tramway nous attend… »


Le départ avait lieu dans la rue Sous le Château.
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« Toute heureuse d’avoir retrouvé le soleil, la Lesse bondit en cascades, secoue les iris coiffés d’or, reflète, sur un fond de ciel bleu, le ventre blanc des hirondelles. Nous l’abandonnons pour suivre de très près jusqu’à Wellin la grande route. (…)
« De Rochefort à Han, nous longeons presque constamment la route que borde, à gauche, un escarpement boisé : le Tiers des Falizes. A droite, c’est la vallée de la Lomme parsemée de collines au sommet desquelles pointent souvent les toits d’un châtelet. »


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« Han connaît, durant toute la belle saison, une grande affluence de visiteurs. Au carrefour où s’arrête le tramway, nombreux sont les hôtels offrant aux excursionnistes l’ombre accueillante des terrasses.
(…) Du terminus, ceux-ci descendent à pied vers le gouffre de Belvaux d’où, par une jolie promenade, ils gagnent l’entrée des grottes. »
« C’est au départ de Han que, pour la première fois, nous traversons la Lesse et la saluons au passage. »






Je dois bien avouer que le Han-sur-Lesse d’aujourd’hui ne m’a pas vraiment inspiré !
J’aurais pu faire de belles photos sur le trajet du tram aujourd’hui privatisé, et tel qu’aurait pu le suivre notre auteur jusque sur les hauteurs des Rochers de la Faule , mais je dois bien avouer que 23 € de prix d’entrée pour deux ou trois photos, c’est un peu cher payé à l’industrie du tourisme !!!
J’ai préféré me contenter de vues du centre et d’une photo dans les grottes prise il y a quelques années, genre « Jeu des différences » !
————————————————————————————— « Voici, sur notre gauche, avant d’arriver au village d’Ave, l’embranchement du chemin de Belvaux. Le ravissant clocheton d’une vieille chapelle s’y dresse à l’abri d’un tilleul séculaire. »


Une fois de plus, c’est fermé ! J’y étais déjà passé il y a quelques années lors d’un de mes pèlerinages de la St Michel.
C’est d’autant plus dommage que depuis l’extérieur, on aperçoit rien !
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« … Ave traversé, nous côtoyons un ruisselet « Le Ry d’Ave » qui sort d’une montagne voisine. Le lieu où ce gentil filet d’eau débouche dans la vallée se nomme « Le Sour d’Ave » au carrefour des routes de Rochefort, Wellin, Dinant et Libin. Nous y passons. Une hostellerie peuple ici l’harmonieuse solitude dont la paix est malheureusement troublée par une carrière toute proche… »


Ici aussi le temps a fait son œuvre et il n’y a plus grand-chose à voir ! Je dois bien avouer que j’ai dû un peu jouer à l’équilibriste pour trouver un point de vue acceptable pour ma photo !
Par contre, la petite hostellerie et la carrière du début du siècle passé ont bien changé !




« … Près du Sour d’Ave, nous atteignons Wellin, aux frontières de l’Ardenne… »




«… De Wellin, longeant la grande route qui, par la barrière de Transinne, mène à Libin, nous gagnons le village d’Halma où nous descendons vers la Lesse… »
«… Au croisement de la grande route et du chemin de Chanly, voici la halte de Neupont. (…) La ligne vicinale bifurque ici sur Grupont par Chanly, Resteigne, Tellin et Bure. Nous prenons, à droite, la direction de Graide et traversons la Lesse une seconde fois… »






« …Au bout d’une longue ligne droite, le tramway, brusquement quitte la route. celle-ci s’échappe en un large visage tandis qu’obliquant à gauche, nous stoppons devant l’hôtel du « Ry des Glands ». Coin délicieux, cette clairière au milieu des bois ! »


« … Encerclée par la forêt, avec ses champs qu’un treillis protège contre les incursions du gros gibier, ses pâturages auxquels le Lesse fait une harmonieuse ceinture, la ferme de Mohimont est une oasis de paix. (…)
Conquis par la solitude en ce temps là plus complète encore, Pierre Bonaparte, ce prince errant des forêts d’Ardenne, y vint reposer de 1839 à 1849 son humeur farouche… »
« …Malgré une longue digression, la ferme ne nous apparaît qu’un instant. » (…)




De nos jours aussi, même à pied, on l’aperçoit à peine !
Devenue propriété privée, la passerelle qui y mène est devenue un « check-point barricadé et il faut vraiment s’enfoncer dans les taillis entre la route et la rivière pour se faire une idée de ce qui avait été le refuge de Pierre Napoléon, le neveu de l’empereur quelque peu rebelle et bagareur, ce qui lui vaudra quelques démêlés avec la justice et un exil, entre autres régions du monde, en Ardenne. En réalité, il s’y fait oublier un peu non pas de 1839 à 1849, mais de 1838 à 1848. 😉
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« …Quittant l’arrêt du vieux moulin, le tramway, résolument s’enfonce dans la forêt. Tandis que la Lesse, à gauche, s’échappe pers Maissin, le vallon de l’Halmaiche s’infiltre à droite, en direction de Gembes, à travers les collines. Nous suivons en le remontant le cours du ruisseau. A partir d’ici, plus de chemin : l’Halmaiche seule nous tiendra compagnie. Longeant ses bords, la voie se glisse entre les arbres, pénètre le feuillage telle une sente forestière. C’est un des plus jolis passages du trajet. Dans cette ombreuse solitude, le ruisseau mène grand bruit. … »


Il faut bien avouer qu’aujourd’hui, ce beau petit confluent est nettement moins accessible que sur la photo d’époque.
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« … Du moulin, le village est invisible. Pour y parvenir, le chemin, tout de suite après l’hostellerie, attaque en lacets la montagne… »
« … Daverdisse étage à flancs de coteau ses maisons blanches ou grises parmi lesquelles plusieurs, coiffées d’un large toit d’ardoises, sont spécifiquement ardennaises. Tout le village est en rude montée, le chemin formant sa principale artère… »






Daverdisse n’est pas dirtectement sur la ligne 521 du vicinal, mais notre ami Adrien connaît la région !
Et comme lui, je vous propose de découvrir ce village en faisant un petit détour.
C’est un beau petit village, calme et tranquille, tout en longueur… et tout en montée ! Les lavandières ont disparu, mais l’ambiance pittoresque y est restée
Je redescend au Moulin de Daverdisse, devenu un bel hôtel 4 étoiles et un restaurant gastronomique très fréquenté, pour continuer mon chemin vers Gembes (à prononcer comme les habitants du coin « Gimbes ») , destination finale de cette première partie de l’excursion.


« Au sortir d’un dernier tunnel de verdure, nous débouchons dans une prairie. Le vallon s’élargit pour faire face au village de Gembes.
« Le tramway s’arrête devant une auberge ardennaisement coiffée d’un large toit d’ardoises. Nous mettons pied à terre et le laissons continuer sans nous vers Graide, son chemin. »






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Dans le livre, l’éditeur a ajouté quelques photos.
Hélas, je m’aperçois rapidement qu’elles ne seront pas d’une grande utilité dans l’illustration de mon récit. Ce n’est certainement pas un reproche. Je me doute qu’un livre écrit il y a 3/4 de siècle, à une époque où les auteurs et les lecteurs n’avaient pas la possibilité ni même l’idée de tout vérifier, puisse comporter quelques appoximations ou erreurs. Ou qu’une excursion en tram ne permet pas la même attention qu’une randonnée pédestre ! Les époques et les moyens sont différents !
Par exemple celle intitulée ci-dessous à gauche : « Gembes. Centre du village. » et qui est en réalité l’église St Remacle de… Wellin !!


On était bien loin de la « fake photo » ou de la volonté de tricher !
C’est tout bêtement une erreur !
Mais je dois vous avouer à la décharge de notre raconteur d’histoires et de promenades que les photos du livre ne sont pas de l’écrivain, mais de photographes de l’époque, et qu’elles ont été ajoutées lors de l’édition du livre en 1950, soit une quinzaines d’années après le récit d’Adrien de Prémorel.
Du temps a passé et cela peut être une explication concernant quelques imprécisions qui ne peuvent qu’être évidentes aux lecteurs et promeneurs qui auront comme moi effectué le trajet en ayant pu prendre le temps de savourer les paysages et de s’intéresser au récit que l’écrivain en a fait !
Et comme dirait l’autre, cela fait fonctionner un peu mes « cellules grises » ! 😉
Voilà, je suis arrivé à la moitié du trajet.
La ligne 521 du chemin de fer vicinal continue vers le sud pour rejoindre sa destination finale, Graide.
Pas pour Adrien de Prémorel qui doit rejoindre Gedinne à pied pour prendr un autre tramway, celui de la ligne 553 qui rejoint Vresse-sur-Semois.
Mais bon, ce sera pour mon prochain reportage.
A bientôt… Si vous le voulez bien !!!
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Très beau récit, illustrant cette belle région,dans laquelle j’ai la chance d’y habiter. Petite anecdote, concernant l’hôtel du Ry d’Ave, c’est un ancien Mouscronnois qui est le propriétaire 😉
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Je me doutais bien que cela t’intéresserait !
C’est vrai que c’est une belle région ! 😉
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Superbe ! Toujours aussi bien documenté.
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