L’Ardenne, on le sait, partage avec la Bretagne une histoire commune: celle du goût de nos aïeux pour les légendes.
Harzé, en province de Liège, et à la limite de celle de Luxembourg, n’échappe pas à la règle : des forêts magnifiques, de nombreux ruisseaux et un château. Il n’en fallait pas plus pour stimuler les esprits des vieux ardennais pour apprendre aux enfants les dangers de la nature ou aux jeunes quelques règles de morale que l’école n’était pas toujours en mesure de leur inculquer.
Cet « apprentissage » se faisait souvent lors de longues soirées d’hiver, à la veillée, par des histoires que les anciens ou des chemineaux de passage leur racontaient.
La même légende se transmettait ainsi de village en village.
C’est ainsi que l’une d’entre elles est arrivée à Harzé.

Un jour, un jeune seigneur du château abusa de sa fiancée, la fille du seigneur de Faweux, un village voisin. Elle se retrouva avec un « seigneurelle » dans le tiroir !
Plutôt que d’avancer la date du mariage et réparer ses torts, l’indigne comte préféra rompre ses fiançailles et laisser la belle à son triste sort. La pauvre mourut de chagrin et dès le lendemain, on pouvait entendre les gémissements et les lamentations de son fantôme s’élever au-dessus des murailles du château !
Le jeune homme en perdit la raison !
De nos jours, quand le vent souffle fort, on dit qu’on peut parfois encore entendre les plaintes de la Blanche Dame.
Cela ne vous rappelle rien ?

Mais revenons au XXI ème siècle !
Dès le départ, on comprend que l’automne est à nos portes et dans les endroits non encore exposés au soleil matinal, il fait franchement frais !

On quitte rapidement l’école où nous sommes pour nous diriger vers le village et, par un petit chemin, vers l’ancien moulin banal, mot qui signifiait à l’époque qu’il était la propriété du seigneur et que la population était obligée d’y faire moudre son grain.

Borne-potale de Notre-Dame des banquiers ? 😉

Un nouveau concept de tondeuse: la tondeuse-dégivreuse ! 😊

Ensuite, cela grimpe un peu pour arriver sur le Mont de Lare, mais rien de bien méchant.
Une étonnante croix d’occis a été érigée. Il s’agit de la croix Golette. Elle commémore le décès de deux personnes différentes… et à des époques différentes !
C’est plutôt rare.

Nous passons Pavillonchamps, le bois de Wen’histe et arrivons bientôt sur une portion de chemin le long de l’autoroute A2. On redescend ensuite vers le sud pour arriver au parc artisanal de Harzé.
A hauteur de Houssonloge, nous entrons dans le bois Coppin.
C’est ici qu’intervient l’histoire d’un ardennais que tous les anciens de la région connaissent : Pierre Bellem.
Un soir, au XIXème siècle, ayant terminé son travail à la ferme plus tôt que d’habitude, le jeune Pierre, partit courir les bois pour, comme à son habitude, observer la nature et les animaux.
Nous sommes à cette époque dans la fagne, en lisière du bois, sur un vieux chemin qui rejoignait, au-dessus de Houssonloge, ce qui avait dû être au temps passé un menhir.
C’était la Pierre des Hotlis ! Elle servait de point de repos sur la route des porteurs de hotte qui transportaient leur marchandises de villages en villages.
C’est là que le jeune Bellem, qui avait lu des grimoires magiques trouvés dans le grenier d’une ferme où il travaillait, rencontra un homme assis sur ce bloc de pierre. 
Interpellant le jeune homme, le diable, car c’était bien lui, comprit que Pierre avait de bonnes dispositions pour en faire un de ses sbires et conclut avec lui un pacte lui accordant tout ce qu’il souhaitait en échange bien sûr de son âme.
C’est ainsi que Bellem devint un redoutable sorcier capable de faire apparaître des festins d’un seul coup de sa houlette de berger, de chasser les rats qui avaient envahissaient des maisons ou de changer en pierre le cheval d’un charretier qui ne l’avait pas salué en le croisant.
Et ce ne sont que quelques-unes des nombreuses histoires qui courent au sujet de notre sorcier.
Mais ne nous attardons pas, j’ai encore du chemin à faire avant la tombée de la nuit ! On ne sait jamais… !

Longue ligne droite dans le bois des Fagnes pour arriver, par Trou de Bosson (petit hameau aujourd’hui disparu), à la célèbre chapelle Ste-Anne-du-Pouhon, dernier vestige d’un autre hameau disparu.
Tout comme le hêtre planté l’année de sa construction, elle date de 1524.

Ce vénérable hêtre aurait donc eu lui aussi 500 ans cette année. La dernière fois que je suis passé dans le coin en 2019, il avait encore toute sa tête ! La foudre a probablement été la cause de cet « accident mortel » et les champignons se chargent aujourd’hui de l’achever.

Il reste une dernière boucle à effectuer vers l’ouest par La Levée et le bois Bernard pour arriver au village de Houssonloge et de là suivre la route pour rejoindre l’arrivée.

Il est midi lorsque j’arrive, mais j’avoue que le temps est passé rapidement, signe évident que je ne me suis pas ennuyé sur ce bel itinéraire.

Après une bonne bière, pas tout à fait locale mais excellente quand même, je continue la journée par une promenade dans le village, en quête de quelques belles photos et de renseignements.

Mais on n’y rencontre pas grand monde. Je ne trouve donc pas d’infos sur la fameuse « pierre des hotlis »et les quelques habitants que j’y rencontre n’en ont même jamais entendu parler ! Tant pis, ce sera pour une autre fois.
Mais du coup, je commence à me demander s’il existe vraiment ce rocher ou si c’est encore un tour de notre Bellem de l’avoir fait disparaître !??!!   
A la prochaine, les amis !