Je suis à Rahier, près de Stoumont.
C’est l’association des « Amis de l’Ancien Château de Rahier » qui nous invite donc aujourd’hui à sa marche annuelle.
Malheureusement, s’ils avaient fait un carton plein en 2024, la météo du jour ne leur est pas favorable ce dimanche matin.
Je suis en baskets, et sans vêtement de pluie si ce n’est mon poncho. Cela ne va pas être évident pour prendre des photos !
Je n’ai pas encore pris le départ que je suis déjà trempé comme une soupe.
Je bois mon kaoua habituel, je fais le tour du propriétaire. Une exposition se prépare à l’étage.

Je décide de remettre cela à plus tard dans la semaine. Après m’être renseigné auprès de l’organisateur sur les éventuelles traversées de propriétés privées, j’achète la bière régionale du jour et reprends la route du retour !

Cette maison de village a été construite sur les ruines d’un château bien plus imposant que ne le laisse penser le bâtiment actuel.
On raconte qu’un jour, alors que le tableau de la chasse avait dépassé un peu trop ses espérances, le seigneur du château invita les villageois à un banquet.
Le fameux sorcier Bellem était présent et le seigneur lui ordonna, par bravade sans doute, de faire apparaître le diable, ce qui causa bien sûr la panique parmi les invités qui allèrent se cacher pendant des jours pour échapper aux malheurs qui ne manqueraient pas de se répercuter sur eux.
Plus personne n’osa se rendre au château. Le seigneur de Rahier tenta bien de se réhabiliter un peu en allant combattre en Terre Sainte, mais pendant ce temps, le château, déserté, tomba rapidement en ruines.  

Mercredi.
Je suis de nouveau sur place pour enfin prendre le départ sous un ciel plutôt brumeux.
La veille, j’ai acheté une nouvelle paire de bottines un peu plus adaptées et une veste imperméable légère qui me laisse un peu plus libre de mes mouvements tout en accédant facilement à mon appareil photo, mes cartes et mon sac à dos où j’ai ajouté une paire de baskets au cas où le rodage des bottines ne se passerait pas comme je le souhaite.

Aux abords des chemins, de nombreuses pierres de schiste où sont inscrites de petites poésies nous renseignent sur les lieux où elles ont été installées. C’est sympa comme initiative.

Le trajet me conduit d’abord vers le nord et une colline nommée le Rouge-Thiers qui fut le théâtre de nombreuses exécutions.  C’est en effet sur cette colline que furent brûlées de nombreuses sorcières (et quelques sorciers) des environs.
Le nom « Roftier », comme c’est encore parfois écrit sur certaines cartes, est sans doute une curiosité typographique d’un temps où le « s » long était écrit comme un  « f ». On est donc bien sur un thiers (côte) rouge (ros) qui doit probablement son nom à la nature minérale de la roche ferreuse qui le compose. On y exploitait notamment le manganèse utilisé en sidérurgie pour transformer la fonte en acier.
Mais tout cela est bien loin aujourd’hui !

Au début du XVIIème siècle, les procès en sorcellerie étaient nombreux en Ardenne, à Rahier comme ailleurs.
Les femmes étaient des cibles privilégiées pour la « justice » de l’époque. Les dénonciations furent nombreuses, rarement justifiées et étaient pratiquement toujours sanctionnées par le bûcher !
Ce monument rappelle à notre mémoire les victimes régionales de ces chasses aux sorcières.

Le trajet m’emmène ensuite vers Meuville, Froidville, Chauveheid et Neucy par des chemins campagnards et forestiers pas trop difficiles.

Ensuite cela devient un peu plus sérieux. Pas que les dénivelés soient plus difficiles, mais surtout parce que je ne peux plus quitter la carte des yeux pour être certain de suivre le bon itinéraire.
Sur ma carte, les chemins sont entrecoupés de nombreux ruisseaux qu’on ne distingue pas toujours sur le terrain et les innombrables petits chemins que je croise vont dans tous les sens !
Je travaille à la boussole en comptant plus ou moins les mètres à parcourir jusqu’au croisement suivant !
Je ne m’en sors pas trop mal, même si je dois parfois trouver des alternatives pour ne pas continuer sur un chemin qui un peu plus loin est barré.

Un fois arrivé à la N66, je me tracasse un peu moins. Il ne me reste plus qu’à rejoindre Rahier par des chemins suivis dimanche par beaucoup de participants !  Les traces de pas, quand il ne pleut plus, ça aide !

Petit passage par les marais ! A déconseiller aux entomophobes ! 😏
Les mouches y pullulent, mais on en a un peu plus sous les semelles que tournoyant autour de soi !
Le répulsif ne sera donc pas nécessaire aujourd’hui !

La visite du jour sera pour le « Musée du manganèse ».
Ce sera rapide, il s’agirait du plus petit musée du monde ! 🙂

C’est le moment de vous raconter ma petite légende du jour,
L’histoire du Faix de Rahier.
Par une chaude journée de marche, Saint Remacle rentrait à son monastère de Stavelot en passant par Ouffet.
Alors qu’il frappait à quelques portes pour demander un peu d’eau, les habitants firent semblant de ne pas le voir ou lui répondirent carrément de passer son chemin !
A la sortie du village, il trouva enfin une fontaine à laquelle les habitants venaient s’approvisionner chaque matin. Il put enfin étancher sa soif et l’idée lui vint de donner une bonne leçon à ces villageois peu serviables.
Par un miracle dont il avait l’habitude, saint Remacle mit tout simplement la belle fontaine qui faisait la fierté des villageois dans son sac à dos et continua son chemin.
Ce n’est qu’une trentaine de kilomètres plus loin, à Rahier, qu’il se délesta de son fardeau (faix) pour remercier les habitants d’avoir été un peu plus accueillants envers lui. 

Je ne sais pas si c’est bien cette fontaine là, mais si c’est le cas, ce brave Saint Remacle devait avoir un fameux sac à dos !😂

Tout s’est bien déroulé pour cette marche en « différé », mais j’avoue que c’est quand même plus pratique de suivre un itinéraire bien balisé !
On a moins de doutes et on perd moins de temps à chercher !

Voilà, j’ai passé un très bon moment.
Il ne me reste plus qu’à rentrer pour aller déguster la bière du jour… achetée dimanche !😉