«… Nous traversons l’Halmaiche : penché sur le rebord du pont de pierres, j’écoute une fois encore sa chanson avant de lui dire adieu. »

«… Au moment de nous mettre en route pour gagner Gedinne par Sclassin et Hautfays, je m’aperçois avec inquiétude que le temps va changer. Déjà l’orage gronde au loin… »

« … Au sortir de Sclassin, vite traversé, le chemin vers Hautfays monte durement. Parvenus au sommet de la première côte, nous nous retournons pour jouir d’un vaste paysage où, bornant les lointains moutonnés du ciel, des bois ondulent comme les flots. »

« … Au bas de la côte voici, près du chemin, un vieux lavoir on ne peut plus rustique. Il est bien loin du village et c’est l’écho des bois qui doit ici répondre aux lavandières. A quelques pas, un petit carrefour s’orne d’un christ curieusement entouré, au sein même de la haie, par de vieilles souches dont les rejets sont taillés en boule. »

Hautfays
«… Nous arrivons à la grand-place que traverse la route de Wellin à Gedinne. »
« … Nous suivons, pour gagner la gare de Gedinne, la grande route. Au sortir de Hautfays se découvre, à notre gauche, le vaste panorama vers Gembes, Porcheresse et Graide, grandiose et dernier adieu des paysages de la Lesse. A droite déjà la forêt se rapproche. »

«… Une bifurcation se présente : tout droit nous irions à Gedinne-village et trouverions, sur notre chemin un arboretum intéressant par la variété de ses résineux. Nous prenons à gauche vers Gedinne-Gare. »

«… Des troncs de hêtres en tas, de chênes aussi, attendent le wagon qui les transportera vers la plainte déchirante et métallique des scieries. Ici, c’est la gare du chemin de fer. Celle du vicinal est un peu plus loin, à proximité d’un large carrefour où se croisent les routes de Dinant, Bouillon, Bièvre, Rochefort. Dominant ce carrefour, un hôtel lui fait très heureusement face. Nous y entrons pour attendre le tramway de la Semois. Dans la grande salle, pendent au mur des trophées de chasse : têtes et massacres. Et nous nous asseyons sous une hure de sanglier qui semble me considérer d’un petit œil ironique. »

« … Avec un long sifflement, le tramway de la Semois stoppe à son terminus. Les voyageurs qui viennent de la belle vallée descendent et nous prenons leur place. »

«… Le convoi, haletant, se met en route. Il s’agit de gagner Gedinne-Village mais le tramway, en un large détour, se promène à travers les prés. »

« …On peut venir de Gedinne-Gare au village en suivant, à l’ombre des grands arbres, une chaussée romaine, soit en longeant les étangs de Holin. »
« … Entouré de forêts, Gedinne offre, aux excursionnistes, d’attrayantes promenades. Une jolie rivière, la Houille, lui prête le charme de ses eaux claires. »

« … Enfin voilà Gedinne, très vieille bourgade. Son église servit, au moyen âge, de refuge aux habitants lors des guerres ou des incursions pillardes. C’était, en somme, une église-forteresse où s’ajoutait à la présence et à la protection de Dieu, celle des murs épais. Massive, la porte défiait le bélier. Au-dessus d’elle, la tour du clocher… devenait donjon, les fenêtres étroites se muaient en meurtrières. »

« … Au départ de Gedinne, nous entrons en pleine campagne. La voie traverse des champs au-dessus desquels vibrent les alouettes, des prairies que des bouquets d’arbres parsèment. »

«… Voici Louette-Saint-Pierre, ancienne seigneurie qui, jadis, dépendait du comté de Rochefort. La découverte de cimetières Gallo-Romains… lui valut une célébrité nouvelle. »

«… De Louette-Saint-Pierre nous descendons vers le petit village d’Houdrémont. C’est toujours la campagne : seigles, pommes de terre, avoines, bleuets et coquelicots. »

« … Houdrémont dépassé, nous retrouvons la forêt, mais ce ne sont plus les bois profonds aux longues perspectives. Le tramway s’engage dans une gorge dont les versants, de plus en plus abrupts, couverts de chênes et de hêtres, nous dominent. La voie longe celui de gauche. A notre droite, le val tapissé d’herbes folles et de fleurs, tour à tour s’élargit ou se resserre. Y zigzague un ruisseau parmi les ombelles et les reines des prés. »

« … De riant qu’il était, le site, brusquement devient sauvage : les premiers rochers crèvent, en nervures, la montagne. Bientôt, couronnées des frondaisons, dévalent en larges pans les roches grises. Chacune de leurs saillies est un bouquet de fougères, de digitales, de géraniums ou d’éclatants silènes. »

« … Nafraiture : un simple point d’arrêt au milieu des bois. Invisible d’ici, le village est à plus d’un kilomètre. Un chemin, pavé d’ombre et de soleil, y monte à notre droite, tandis qu’à gauche, ce même chemin grimpe vers Orchimont. Solitude absolue. »

« On repart. Le val devient de plus en plus sauvage et voici, par-dessus le ruisseau, les arches d’un pont vétuste. »

« Le ruisseau s’élargit : je suis sûr qu’il chante clair sur ses cailloux.
Et soudain, tandis qu’au versant droit la forêt toujours se cramponne, le vallon s’ouvre à notre gauche. »

« Orchimont (étymologiquement Mont-des-Ours) possédait au Moyen-Age le statut de ville, entourée de remparts et défendue par un château-fort. Juché au bord d’une vertigineuse muraille rocheuse, ce véritable nid d’aigle passait pour imprenable. »

« A droite, à gauche, devant moi, bornant le val et s’étendant jusqu’aux limites de l’horizon, la forêt. Tel est resté le site qu’au temps de Jacques II scrutaient de la tour du guet, les veilleurs d’Orchimont.
Passé le tournant, la route se transforme en grande rue du village.

« Il y a quelques maisons modernes certes, des magasins aussi, mais que de belles et vieilles demeures ardennaises, aux longs murs épais, avares de fenêtres, aux larges toits en pente douce. Des ruelles s’amorcent par ci, par-là, franchissent des talus, des soulèvements de terrains qui recouvrent d’anciens ouvrages. Partout des différences de niveau, des ondulations, évoquent pour nous la ville morte. »

« … Après cette féodale échappée, le val nous reprend. Le tramway, de nouveau, plonge dans le feuillage. Sur un pont à peine plus large que la voie, nous franchissons le ruisseau et rencontrons, à l’un de ses tournants, la route d’Orchimont à Vresse. Nous la suivons vers un élargissement progressif de la vallée. »

« Une halte encore auprès d’une villa perdue dans la verdure. Tous les volets sont clos, donc personne au logis… »
« L’endroit, au carrefour des routes de Graide, Vresse et Orchimont se nomme « Aux deux Eaux ».
« A quelques pas d’ici se joignent, en effet, les ruisseaux d’Orchimont et de Petit-Fays. Tous ces jolis ruisseaux, qui font, à travers bois et prairies forestières une course enchantée, sont baptisés par des villages riverains ou bien par ceux près desquels ils prennent leur source. Beaucoup de villages ont leur ruisseau. »

« A partir d’ici, jusqu’à sa perte dans la Semois, le cours d’eau s’intitule Ruisseau de Petit-Fays. »

« Nous suivons maintenant la grande route Graide-Vresse. « A droite, une carrière éventre malheureusement la montagne. Et voici sur notre gauche, une importante bâtisse que signale l’inscription : Fabrique de Tabac. »

« Le tramway roule cent mètres encore, puis s’arrête : Vresse.
« Nous descendons. Devant nous, largement, s’ouvre la vallée de la Semois. »

« Le village s’y blottit dans un cirque de montagnes. Gagnons l’Hôtel de la Glycine, et saluons au passage le premier champ de tabac dont les plants, aux feuilles précieuses, tracent à flanc de coteau leurs lignes parallèles. »

 « Vresse, dont il est question dès le Xe siècle, faisait partie de la seigneurie d’Orchimont…
Rien, ou presque rien, dans le village ne nous rappelle ce passé. Une curieuse fontaine – lavoir aux rebords de schiste – semble pourtant d’âge respectable.
« Ancienne aussi, l’église au clocher trapu posé tout de go sur l’arête du toit. A quelques pas de l’église, une ruelle nous mène, en deux minutes au confluent du ruisseau de Petit-Fays et de la Semois. En aval, le pont provisoire de Laforêt, qu’un ouvrage en pierres grises remplacera bientôt ; à notre droite et tout près du confluent, les trois arches du pont Saint Lambert enjambent l’eau du Petit-Fays sur un lit de gravier. Vision médiévale que ce petit pont en dos d’âne ! Trop étroit pour les attelages qui passaient à gué la rivière, il supportait jadis le chemin de Vresse à Laforêt. »

« Avant l’érection du nouveau pont ci-dessous, il n’existait d’autre issue vers Laforêt qu’un pont de claies beaucoup plus en amont. C’est assez dire que, dans l’ancien temps, les habitants des deux villages ne voisinaient qu’à pied dès la première crue. »

« Passé le pont, les premières maisons de Laforêt s’annoncent au bout du chemin qui vers elle trace une ligne droite. Des deux côtés, les champs de tabac mêlent aux moissons leurs larges feuilles.
« Ce n’est pas à la légère qu’à propos du village de Laforêt j’ai laissé venir sous ma plume le mot « pittoresque » dont on a tant abusé. Non seulement pittoresque, mais unique par son cadre. A droite un escarpement rocheux semblable à la masse crêtée d’un monstre antédiluvien, le domine, le borde étroitement de son repli. Sur ce flanc dénudé, quelques buissons s’accrochent à peine. Par contre, la colline qui le limite à gauche se couvre d’une exubérante végétation, riche de mille fleurs. Entre ces deux montants, les maisons s’échelonnent pêle-mêle séparées par des enclos, des chemins creux aux haies pleines de chèvrefeuille, d’églantines et de framboises. A peu d’exceptions près, chacun des enclos possède son propre séchoir à tabac d’âge plus ou moins respectable. (…) Lorsqu’au mois de septembre les feuilles précieuses y pendent en longs chapelets, la physionomie du petit village est sans rivale. »