Bonjour les gens !
Après avoir interrompu un moment ma petite virée en Ardenne méridionale, me voici de retour pour raconter la suite des aventures d’Adrien de Prémorel, un écrivain-conteur, amoureux de cette belle région, dont je suis le parcours depuis Rochefort.
Je vous avais laissés à Gembes pour reprendre un peu votre souffle.
Ceci dit, on a bien fait, il n’a pas arrêté de pleuvoir depuis et je n’aurais pas aimé être responsable d’un refroidissement chez l’un d’entre vous !
Aujourd’hui, la météo est un peu plus clémente. Nous pouvons donc nous remettre en route ! 😉
Comme pour la première partie, les commentaires tirés du livre de l’écrivain seront en noir, les miens seront en vert. Les photos en noir et blanc sont d’anciennes cartes postales trouvées sur le net et celles en couleur sont trouvées au gré de ma balade !


«… Quand je dis « nous » ferons à pied le trajet de Gembes à Gedinne, c’est à vous que je songe, lecteur, qui courageusement me suivez, car me voici tout seul en face de l’auberge, déçu par l’absence d’un vieil ami dont j’escomptais à partir d’ici, la compagnie… »


En fait, il l’attendait à l’intérieur de l’auberge et sort l’accueillir à son arrivée. Il s’agit de son ami Edouard de Pierpont de Rivière, bourgmestre et député belge, qui l’accompagnera pour la suite de son voyage.
La liaison des lignes vicinales entre Gembes et Gedinne n’étant pas encore réalisée (elle ne le sera d’ailleurs jamais) c’est à pied qu’ils effectueront la jonction avec la gare de Gedinne-Station
«… Nous traversons l’Halmaiche : penché sur le rebord du pont de pierres, j’écoute une fois encore sa chanson avant de lui dire adieu. »


Mais je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cet autre joli petit pont de pierre situé à quelques centaines de mètres et par ou je remonterai vers le village au retour : le pont des Gades (ou des Gattes, chèvres en wallon) ! C’est un des plus jolis que j’ai rencontré sur mon parcours. Mais il y en a probablement bien d’autres aux alentours !
«… Au moment de nous mettre en route pour gagner Gedinne par Sclassin et Hautfays, je m’aperçois avec inquiétude que le temps va changer. Déjà l’orage gronde au loin… »


Ce ne sera pas le cas lors de ma randonnée. La température est étouffante, mais aucun signe d’orage pour le moment.


« … Au sortir de Sclassin, vite traversé, le chemin vers Hautfays monte durement. Parvenus au sommet de la première côte, nous nous retournons pour jouir d’un vaste paysage où, bornant les lointains moutonnés du ciel, des bois ondulent comme les flots. »
« … Au bas de la côte voici, près du chemin, un vieux lavoir on ne peut plus rustique. Il est bien loin du village et c’est l’écho des bois qui doit ici répondre aux lavandières. A quelques pas, un petit carrefour s’orne d’un christ curieusement entouré, au sein même de la haie, par de vieilles souches dont les rejets sont taillés en boule. »
Je dois bien avouer que sans être certain de l’itinéraire qu’ont emprunté nos deux compères, j’ai emprunté celui qui me paraissait le plus bucolique. Un peu plus long et probablement aussi plus raide que la route principale, je n’y ai pourtant pas aperçu de lavoir et que le seul Christ que j’ai rencontré le long de ce chemin, c’était celui du centre du village. En revanche, j’ai le plaisir d’y apercevoir une vieille Citroën intimement liée à l’histoire de la résistance et des maquisards. Au retour, j’en profiterai pour aller faire un tour du côté du Mémorial du Maquis de Graide, situé en pleine forêt et pas vraiment sur mon chemin pour le moment ! Si notre auteur n’en parle pas, c’est simplement parce qu’il a été érigé en 1945 à la mémoire de 17 maquisards tués dans un combat de deux heures contre un millier de soldats allemands, soit bien après le passage de nos deux randonneurs.




Hautfays
«… Nous arrivons à la grand-place que traverse la route de Wellin à Gedinne. »
« … Nous suivons, pour gagner la gare de Gedinne, la grande route. Au sortir de Hautfays se découvre, à notre gauche, le vaste panorama vers Gembes, Porcheresse et Graide, grandiose et dernier adieu des paysages de la Lesse. A droite déjà la forêt se rapproche. »


Les seuls qui ont aujourd’hui le plaisir d’admirer (peut-être) ces « panoramas grandioses » sont probablement les riverains de maisons à plusieurs étages, parce que depuis la route, il n’y a plus grand-chose à voir si ce n’est des bois qui ont pris la place de la campagne de l’époque !
«… Une bifurcation se présente : tout droit nous irions à Gedinne-village et trouverions, sur notre chemin un arboretum intéressant par la variété de ses résineux. Nous prenons à gauche vers Gedinne-Gare. »


En fait, les deux routes mènent à la gare, mais ce n’était peut-être pas le cas à l’époque. Et par la gauche, bin on longe aussi l’arboretum !
N’étant pas un grand fan de paysages parsemés de pins, d’épicéas et autres plantations importées, je remets cette éventuelle visite à plus tard.


«… Des troncs de hêtres en tas, de chênes aussi, attendent le wagon qui les transportera vers la plainte déchirante et métallique des scieries. Ici, c’est la gare du chemin de fer. Celle du vicinal est un peu plus loin, à proximité d’un large carrefour où se croisent les routes de Dinant, Bouillon, Bièvre, Rochefort. Dominant ce carrefour, un hôtel lui fait très heureusement face. Nous y entrons pour attendre le tramway de la Semois. Dans la grande salle, pendent au mur des trophées de chasse : têtes et massacres. Et nous nous asseyons sous une hure de sanglier qui semble me considérer d’un petit œil ironique. »


De la gare, on reconnait encore quelques bâtiments plus ou moins délabrés.
Cependant, le dernier hôtel de Gedinne -Station et probablement celui qui a servi de refuge à nos deux excursionnistes, l’ancien hôtel Jacoby, est encore plus mal en point. Il a été victime d’un incendie en 2017. A l’abandon depuis lors, et n’ayant apparemment plus aucune chance d’être rentable dans cette région un peu délaissée par les touristes et anciens utilisateurs des chemins de fer, il ne semble pas prêt à trouver un éventuel repreneur !
Quant aux troncs de hêtres et de chêne, il y a longtemps que les exploitants forestiers n’utilisent plus le chemin de fer pour les envoyer dans les scieries ou vers le nord dans l’industrie liégeoise ou dans les mines du Limbourg.
« … Avec un long sifflement, le tramway de la Semois stoppe à son terminus. Les voyageurs qui viennent de la belle vallée descendent et nous prenons leur place. »
«… Le convoi, haletant, se met en route. Il s’agit de gagner Gedinne-Village mais le tramway, en un large détour, se promène à travers les prés. »


J’avoue que j’ai eu du mal à comprendre la raison de ce beau détour probablement aussi plat que s’il avait été effectué le long de la route de la gare, mais bon, on ne peut que s’en féliciter aujourd’hui, cela fait une très belle balade !!!


« …On peut venir de Gedinne-Gare au village en suivant, à l’ombre des grands arbres, une chaussée romaine, soit en longeant les étangs de Holin. »
« … Entouré de forêts, Gedinne offre, aux excursionnistes, d’attrayantes promenades. Une jolie rivière, la Houille, lui prête le charme de ses eaux claires. »


Il n’est pas toujours facile de suivre l’excursion de notre ami Adrien dans son livre !
Le trajet qu’il effectue en tram est parfois bien éloigné d’autres endroits qu’il a probablement déjà visités auparavant !
Je me suis donc autorisé à intervertir quelques passages de son livre pour qu’ils correspondent un peu plus à la réalité du trajet qu’il a effectué en tram !


« … Enfin voilà Gedinne, très vieille bourgade. Son église servit, au moyen âge, de refuge aux habitants lors des guerres ou des incursions pillardes. C’était, en somme, une église-forteresse où s’ajoutait à la présence et à la protection de Dieu, celle des murs épais. Massive, la porte défiait le bélier. Au-dessus d’elle, la tour du clocher… devenait donjon, les fenêtres étroites se muaient en meurtrières. »




A signaler dans l’église Notre-Dame de la Nativité, un magnifique retable dont la plus importante partie date du XVIème siècle.


« … Au départ de Gedinne, nous entrons en pleine campagne. La voie traverse des champs au-dessus desquels vibrent les alouettes, des prairies que des bouquets d’arbres parsèment. »


Et avec ou sans alouettes, cette campagne est magnifique et correspond encore à la description qu’en fait l’écrivain.
«… Voici Louette-Saint-Pierre, ancienne seigneurie qui, jadis, dépendait du comté de Rochefort. La découverte de cimetières Gallo-Romains… lui valut une célébrité nouvelle. »


Les nécropoles de Louette-Saint-Pierre et de Gedinne datent en réalité du premier Age du fer (en gros de 750 à 450 années avant J.C.). La culture de l’époque est donc celtique et la civilisation gallo-romaine viendra juste après.
Malheureusement pour cette commune, la célébrité nouvelle dont parle notre ami Adrien n’a probablement jamais dépassé le cercle des archéologues qui y ont effectué des fouilles et publié leurs études, parce qu’il faut bien avouer que les quelques poteries, épées et rasoirs trouvés sur le site n’ont pas vraiment été de nature à apporter à la commune une renommée suffisante pour la faire bénéficier d’un apport de touristes bien conséquent.
On peut toutefois voir quelques-unes de ces trouvailles au Musée Archéologique de Namur.


«… De Louette-Saint-Pierre nous descendons vers le petit village d’Houdrémont. C’est toujours la campagne : seigles, pommes de terre, avoines, bleuets et coquelicots. »


Je n’y ai plus rien vu de tout cela ! De nos jours, l’agriculture est presque exclusivement tournée vers l’élevage des bovins, et ce qui prédomine dans les champs (du moins en cette période), ce sont les cultures de fourrage et les plantes poussant sur des terres en jachère.






« … Houdrémont dépassé, nous retrouvons la forêt, mais ce ne sont plus les bois profonds aux longues perspectives. Le tramway s’engage dans une gorge dont les versants, de plus en plus abrupts, couverts de chênes et de hêtres, nous dominent. La voie longe celui de gauche. A notre droite, le val tapissé d’herbes folles et de fleurs, tour à tour s’élargit ou se resserre. Y zigzague un ruisseau parmi les ombelles et les reines des prés. »
C’est dans des endroits comme celui-là qu’on s’aperçoit des changements survenus depuis plus d’un demi-siècle. Les terres sont de plus en plus boisées. Pas par souci écologique, mais plutôt par manque d’entretien. Les pâturages ont fait place à des taillis où il est très difficile de s’aventurer pour longer les beaux ruisseaux de la région. C’est dommage.


« … De riant qu’il était, le site, brusquement devient sauvage : les premiers rochers crèvent, en nervures, la montagne. Bientôt, couronnées des frondaisons, dévalent en larges pans les roches grises. Chacune de leurs saillies est un bouquet de fougères, de digitales, de géraniums ou d’éclatants silènes. »


« … Nafraiture : un simple point d’arrêt au milieu des bois. Invisible d’ici, le village est à plus d’un kilomètre. Un chemin, pavé d’ombre et de soleil, y monte à notre droite, tandis qu’à gauche, ce même chemin grimpe vers Orchimont. Solitude absolue. »


La gare de Nafraiture, perdue dans une clairière au milieu de la forêt, était surtout utilisée pour le transport du bois. Et nettement moins pour le tourisme comme c’était le cas pour les gens un peu aisés comme l’ami Adrien au milieu du 20e siècle et les utilisateurs des Ravels d’aujourd’hui comme moi. De beaux panneaux ont été installés dans ce qu’il me semble avoir été des abris pour les voyageurs et les marchandises. Ils nous racontent des passages du livre qui me sert de fil conducteur à cette balade, illustrés par des dessins de Gaëtan Evrard, un dessinateur local de bandes dessinées.
« On repart. Le val devient de plus en plus sauvage et voici, par-dessus le ruisseau, les arches d’un pont vétuste. »


Il s’agit du magnifique pont de Cérivaux. C’est un des endroits qui, lorsqu’on les compare aux anciennes cartes postales, explique le mieux les changements intervenus dans la composition des paysages d’aujourd’hui.
Aux siècles passés, les herdiers, choisis par la communauté, après avoir rassemblé les moutons des habitants d’un village, les menaient paître dans ces vallées. La végétation y était régulée naturellement.
De nos jours, sans cette activité importante et utile à la vie dans les villages et qui ne s’appelait pas encore « éco pâturage », la nature sauvage a repris ses droits.
« Le ruisseau s’élargit : je suis sûr qu’il chante clair sur ses cailloux.
Et soudain, tandis qu’au versant droit la forêt toujours se cramponne, le vallon s’ouvre à notre gauche. »


A l’arrêt du vicinal en gare d’Orchimont, à la différence d’Adrien de Prémorel qui continue son trajet en tram vers Vresse en suivant la route sur la vallée, je remonte vers le village sur la gauche du Rau d’Orchimont.
« Au fond du val, un antique moulin rêve en écoutant l’eau chantonner sous ses aubes. »
L’ humble et antique moulin est devenu hôtel de luxe qui n’a probablement, et malheureusement, plus aucun intérêt pour les amateurs de patrimoine et d’Histoire.


La carte postale en illustration ci dessus est prise depuis l’autre versant de la vallée, mais la végétation actuelle empêche de l’apercevoir depuis cet endroit. Tout comme on n’aperçoit plus le village lorsqu’on se trouve au bas de la pente ! Il me faudra donc faire un petit détour pour le visiter. La pente est raide, mais cela en vaut la peine !
« Orchimont (étymologiquement Mont-des-Ours) possédait au Moyen-Age le statut de ville, entourée de remparts et défendue par un château-fort. Juché au bord d’une vertigineuse muraille rocheuse, ce véritable nid d’aigle passait pour imprenable. »


Orchimont était sans aucun doute une « ville » importante de la région aux siècles passés et cela attire forcément les convoitises ! Raison pour laquelle un château y a été construit. Convoité non seulement des seigneurs environnants, mais aussi d’un « ramassis d’aventuriers, de mercenaires, de routiers qui pillaient toute la région » et qui valut au début du 15ème siècle un nouveau nom à leur repaire, « le Château des Ecorcheurs » !
Au fur et à mesure des conflits qui suivirent, il fut démoli et reconstruit à plusieurs reprises. En 1878, une nouvelle route reliant le village à Vresse fut construite. Hélas, elle encerclait le site de la vieille forteresse. Elle signera ainsi la fin… des quelques ruines qui restaient.
« A droite, à gauche, devant moi, bornant le val et s’étendant jusqu’aux limites de l’horizon, la forêt. Tel est resté le site qu’au temps de Jacques II scrutaient de la tour du guet, les veilleurs d’Orchimont.
Passé le tournant, la route se transforme en grande rue du village.
Du bas du château, en montant vers le village, il ne reste que les ruines d’une tour et un pittoresque calvaire de l’autre côté de la route qui marquerait l’emplacement de l’ancien puits de la place forte.






« Il y a quelques maisons modernes certes, des magasins aussi, mais que de belles et vieilles demeures ardennaises, aux longs murs épais, avares de fenêtres, aux larges toits en pente douce. Des ruelles s’amorcent par ci, par-là, franchissent des talus, des soulèvements de terrains qui recouvrent d’anciens ouvrages. Partout des différences de niveau, des ondulations, évoquent pour nous la ville morte. »


Il faut bien avouer que tout cela a bien changé aussi. Plus de magasin, plus de commerces, et des rues un peu plus « nivelées ».
Mais au bas du village, dans la ruelle qui monte vers l’église, j’ai le plaisir de découvrir un petit établissement bien sympathique. Ce n’est pas un café, pas non plus un restaurant, mais plutôt quelque chose entre les deux ! Un endroit qui serait plutôt une table d’hôte et un dépositaire de quelques bonnes spécialités de la région.
J’y ai été très bien reçu par quelqu’un qui connait sa région, pas seulement touristiquement parlant, mais qui s’implique pour nous en faire connaître l’histoire !
J’avoue que je préfère cela à des hôtels-restaurants achetés par des néerlandais pour y recevoir des néerlandais.
Mais c’est une autre histoire !


« … Après cette féodale échappée, le val nous reprend. Le tramway, de nouveau, plonge dans le feuillage. Sur un pont à peine plus large que la voie, nous franchissons le ruisseau et rencontrons, à l’un de ses tournants, la route d’Orchimont à Vresse. Nous la suivons vers un élargissement progressif de la vallée. »


« Une halte encore auprès d’une villa perdue dans la verdure. Tous les volets sont clos, donc personne au logis… »
« L’endroit, au carrefour des routes de Graide, Vresse et Orchimont se nomme « Aux deux Eaux ».
« A quelques pas d’ici se joignent, en effet, les ruisseaux d’Orchimont et de Petit-Fays. Tous ces jolis ruisseaux, qui font, à travers bois et prairies forestières une course enchantée, sont baptisés par des villages riverains ou bien par ceux près desquels ils prennent leur source. Beaucoup de villages ont leur ruisseau. »


Là, j’avoue que j’ai eu du mal à reconnaître l’endroit par rapport à ce que j’en avais vu sur les anciennes cartes postales.
Plus rien ne correspond.
Faudra donc me croire sur parole ! 😉
« A partir d’ici, jusqu’à sa perte dans la Semois, le cours d’eau s’intitule Ruisseau de Petit-Fays. »
« Nous suivons maintenant la grande route Graide-Vresse. « A droite, une carrière éventre malheureusement la montagne. Et voici sur notre gauche, une importante bâtisse que signale l’inscription : Fabrique de Tabac. »


C’est vrai que depuis Orchimont, les vestiges de l’ancienne industrie du tabac sont nombreux.
La carrière a fait place à un dépôt de matériaux et la fabrique de tabac n’existe plus.
« Le tramway roule cent mètres encore, puis s’arrête : Vresse.
« Nous descendons. Devant nous, largement, s’ouvre la vallée de la Semois. »
« Le village s’y blottit dans un cirque de montagnes. Gagnons l’Hôtel de la Glycine, et saluons au passage le premier champ de tabac dont les plants, aux feuilles précieuses, tracent à flanc de coteau leurs lignes parallèles. »


L’Hôtel de la Glycine est devenu l’Office du Tourisme de la ville !
De l’autre côté de la route, un nouveau bâtiment abrite le Centre d’interprétation artistique d’où partait un embranchement du vicinal de Gedinne vers Alle-sur-Semois. Cet embranchement n’existe plus que dans les mémoires ! Et dans celle du personnel de l’Office du Tourisme qui m’accompagne jusque-là !
Cela dit, j’adore quand les gens acceptent de passer un peu de temps pour répondre à mes innombrables questions ! Merci Madame la directrice, ainsi qu’à vos collaboratrices !


« Vresse, dont il est question dès le Xe siècle, faisait partie de la seigneurie d’Orchimont…
Rien, ou presque rien, dans le village ne nous rappelle ce passé. Une curieuse fontaine – lavoir aux rebords de schiste – semble pourtant d’âge respectable.
« Ancienne aussi, l’église au clocher trapu posé tout de go sur l’arête du toit. A quelques pas de l’église, une ruelle nous mène, en deux minutes au confluent du ruisseau de Petit-Fays et de la Semois. En aval, le pont provisoire de Laforêt, qu’un ouvrage en pierres grises remplacera bientôt ; à notre droite et tout près du confluent, les trois arches du pont Saint Lambert enjambent l’eau du Petit-Fays sur un lit de gravier. Vision médiévale que ce petit pont en dos d’âne ! Trop étroit pour les attelages qui passaient à gué la rivière, il supportait jadis le chemin de Vresse à Laforêt. »
Ce beau petit pont de pierre est le monument emblématique de la commune.
La légende veut que…
Ici, l’auteur nous la raconte en cinq pages. Je vous la résume en un petit paragraphe… 😊
Il fut construit en 1774 pour en remplacer un autre emporté par les glaces l’hiver précédent et qui empêchait la population de se rendre sur l’autre rive.
Mais pourquoi avoir construit un pont si étroit qui ne laisse circuler que les piétons et cavaliers ?
Au 7ème siècle, au moment de la christianisation de la région, Saint-Lambert arrive dans la vallée de la Semois pour y évangéliser les habitants. Arrivé à Vresse, il y apprend qu’une pieuse jeune fille de Laforêt traversait chaque jour la rivière dans sa voiturette traînée par un âne pour y convertir elle aussi les habitants. Après un hiver assez rude, une débâcle emporta le pont que Sainte Agathe traversait. Saint-Lambert, jaloux du succès de sa voisine auprès des habitants, eut l’idée de le reconstruire, mais en s’assurant de venir sur ses plates-bandes. Étant donné que Sainte Agathe ne se déplaçait qu’en calèche, il fit construire un pont si étroit que sa rivale fut dans l’impossibilité de venir prêcher la bonne parole à Vresse.


« Avant l’érection du nouveau pont ci-dessous, il n’existait d’autre issue vers Laforêt qu’un pont de claies beaucoup plus en amont. C’est assez dire que, dans l’ancien temps, les habitants des deux villages ne voisinaient qu’à pied dès la première crue. »


Ce pont rustique tressé de branches de noisetier ne servait qu’en période d’étiage (moyenne la plus basse des eaux de la rivière) et était emprunté par les planteurs de tabac qui rejoignaient ainsi, sans faire un long détour, leurs terres de l’autre côté de la rivière.
Malgré la fin de la culture du tabac, il continue depuis 200 ans à être monté au début du printemps pour être démonté fin septembre par les ouvriers communaux.
De tradition économique pour les villageois de l’époque, il est aujourd’hui devenu attraction touristique pour les visiteurs de la région.
Avant le retour, je m’offre moi aussi une petite boucle supplémentaire : le passage sur la Semois par le pont de claies de Laforêt.


« Passé le pont, les premières maisons de Laforêt s’annoncent au bout du chemin qui vers elle trace une ligne droite. Des deux côtés, les champs de tabac mêlent aux moissons leurs larges feuilles.
« Ce n’est pas à la légère qu’à propos du village de Laforêt j’ai laissé venir sous ma plume le mot « pittoresque » dont on a tant abusé. Non seulement pittoresque, mais unique par son cadre. A droite un escarpement rocheux semblable à la masse crêtée d’un monstre antédiluvien, le domine, le borde étroitement de son repli. Sur ce flanc dénudé, quelques buissons s’accrochent à peine. Par contre, la colline qui le limite à gauche se couvre d’une exubérante végétation, riche de mille fleurs. Entre ces deux montants, les maisons s’échelonnent pêle-mêle séparées par des enclos, des chemins creux aux haies pleines de chèvrefeuille, d’églantines et de framboises. A peu d’exceptions près, chacun des enclos possède son propre séchoir à tabac d’âge plus ou moins respectable. (…) Lorsqu’au mois de septembre les feuilles précieuses y pendent en longs chapelets, la physionomie du petit village est sans rivale. »






Laforêt était un village important dans la production du tabac et de nombreuses anciennes granges de séchage y ont été préservées. Mais jusqu’à quand ?
Ci-dessus, à gauche, un des hangars de séchage du tabac encore préservé, à droite, la reconstitution d’une hutte de bûcheron.
Tandis qu’Adrien prolonge un peu sa villégiature en effectuant quelques excursions journalières autour de la commune (Orchimont, Nafraiture, Chairière, Membre et Bohan), il est temps pour moi de reprendre la route du retour.
J’espère que vous aurez aimé nous accompagner, Adrien de Prémorel et moi, dans cette belle balade qui vous aura peut-être donné envie de visiter la région !
C’est du moins ce que je vous souhaite.

