Ce matin, je pars vers Liège.
J’ai en effet décidé de m’éloigner un peu des circuits vallonnés de l’Ardenne pour un terrain nettement plus plat et avec un peu moins de forêts pour tester mes nouvelles chaussures.
Je vais à Saive,
J’y suis déjà allé il y a quelques années et vu le peu de photos que j’y avais faites, cela ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable.
Mais bon, je sais qu’un circuit n’est pas l’autre et qu’un circuit un peu décevant une année peut faire place à un itinéraire de marche magnifique l’année suivante !
A mon arrivée, vers 07:30, l’ancien parade ground de la caserne de Saive est déjà aux ¾ complet. Logique ! Comme un 30 et un 40 km sont prévus au programme, les sportifs des longues distances sont au rendez-vous.
Ça promet ! 😯
La caserne construite en 1955 porte le nom de deux officiers du 14ème Bataillon d’Artillerie tués en 1940 : le Lieutenant Beniest et le Capitaine De Cuyper.

L’inscription a lieu dans l’ancien mess et la salle est déjà bien remplie.

Au moment de me mettre en route, j’ai comme un doute en ce qui concerne les chaussures. Une petite friction sur le gros orteil droit se fait sentir et je préfère mettre les baskets que je viens aussi de changer mais que j’ai déjà pu roder toute la semaine. C’est plus prudent.

Pour sortir de la caserne, on passe par le marché !

On quitte rapidement l’agglomération pour un paysage plus champêtre.   

Je connaissais déjà les chapelles-garage à vélo, mais pas encore les chapelles range-poubelles !!! 😟

Un premier contrôle a lieu à Evegnée-Tignée et déjà, quelques indécis trouvent de quoi râler !
Tout est pourtant clairement indiqué.

Vue sur le Fuji Yama local et autre vue pour comprendre comment les montagnes se forment dans la région.

Saint Snoopy, priez pour ces mécréants !!! 😉

Beau tronçon dans une partie boisée de l’itinéraire

Apparemment, là, les files n’ont pas été trop longues ! Pourquoi attendre alors qu’on peut passer en écrasant la clôture ! 😠

La vue est plutôt sympa quand même sur ce parcours.

Je comprends pourquoi je n’ai pas encore rencontré de trailers à l’entraînement !
La moyenne horaire un prend un sacré coup dans les files qui se forment !!!
Les patriciens obligés de suivre la plèbe, c’est pas bon ni pour le chrono, ni pour l’ego surdimensionné de certains tout ça ! 😏

Avant l’arrivée au second contrôle, nous sommes rejoints par les « sportifs du 40 » qui terminent la boucle des 30 alors que moi je vais à peine la commencer ! Inutile de se demander pourquoi le parking était déjà plein lorsque je suis arrivé ! 🙄
En file indienne, sans doute à cause des nombreux « casse-vitesses » qui jalonnent le parcours.

Le paysage de la région n’a rien à envier à ceux que j’ai pu observer lors de mes dernières marches précédentes dans la forêt ardennaise.
Les bois ont fait place à des prés vallonnés qu’on traverse en passant par de nombreux tourniquets et portillons de toutes sortes. Certains sont assez délicats à passer. Il ne faut pas être trop… épais, ni trop pressé !

Le petit village de Bolland et sa belle église Saint-Apollinaire ci-dessus et les abords du village de Mortier ci-dessous.

Cette troisième boucle est, pour moi, la plus belle partie du parcours ! Personne devant, personne derrière, pas trop de bois, pas trop de boue, pas de dénivelés trop importants qui attirent les trailers qui cherchent plus à s’entrainer pour le « chrono de leur vie » qu’à admirer les endroits qu’ils traversent, pas de pluie, de beaux paysages… Quel plaisir !

Oui, parfois le passage des tourniquets est un peu plus facile que d’autres ! 😉

Mieux vaut rester prudemment à l’écart de ce gardien prêt à défendre son troupeau.

Chapelle Notre-Dame des Vertus à Noblehaye

Après chaque passage par un contrôle, il faut toutefois ouvrir l’œil pour continuer sur le bon itinéraire.
C’est ainsi que je suis une dame qui elle-même suivait trois autres marcheurs qui allaient… dans la mauvaise direction ! Des habitués sans doute du « ballonage » sans doute ! Ils m’ont dépassé trois fois sur le même trajet ! 🙄

Je vous avoue qu’en fin de parcours, j’avais quand même les pieds un peu lourds, ce qui a valu à un de mes gros orteils d’aller s’écraser contre une roche qui dépassait du chemin ! Ouille, ouille, ouille !

Je continue sans trop y penser, mais l’arrivée est la bienvenue.

Je mets des vêtements un peu plus secs et je rentre au mess pour un rafraichissement bien mérité !
Je ne traine pas, la pénombre tombe rapidement en cette saison et j’en ai encore pour une grosse heure de route.

Je suis fatigué, mais content de ma prestation ! Voilà qui me réconcilie un peu avec les marches fédérales.
Il me suffira à l’avenir de choisir celles qui ne dépassent pas 25 ou 30 km (sauf exception) et laisser aux « sportifs » pressés les distances un peu plus longues !
———————————————————————————————————————————–L’église de Bolland m’a fait penser aussi à Guillaume Apollinaire, ce poète de la « Grande Guerre », dont on commémore l’Armistice ce 11 novembre.  
Citoyen russe et poète déjà reconnu,  il doit s’y prendre à plusieurs reprises pour réussir à s’engager au service de la France. Blessé à la tête par un éclat d’obus en 1916, il doit être trépané.
Suite à cela, il sera décoré de la Croix de Guerre et obtiendra sa naturalisation française.
Fatigué et amoindri, il finit par mourir de la grippe espagnole le 9 novembre 1918.
Tandis que meurt un grand poète et un vrai patriote, dans la rue les Parisiens fêtent la Victoire !
Je ne peux donc clôturer cet article sans vous faire connaitre ce petit poème de circonstance.
Oui, c’est un peu spécial, mais il fait quand on sait que l’ami Guillaume était un des créateurs du mouvement surréaliste, on comprend un peu mieux !
Je vous ai donc choisi un petit poème pas trop… surréel pour illustrer cette journée de commémoration patriotique 😉

LA NUIT D’AVRIL 1915
A L. de C.-C.

Le ciel est étoilé par les obus des Boches
La forêt merveilleuse où je vis donne un bal
La mitrailleuse joue un air à triple-croches
Mais avez-vous le mot
Eh ! oui le mot fatal
Aux créneaux Aux créneaux Laissez là les pioches

Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons
Cœur obus éclaté tu sifflais ta romance
Et tes mille soleils ont vidé les caissons
Que les dieux de mes yeux remplissent en silence

Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons

Les obus miaulaient un amour à mourir
Un amour qui se meurt est plus doux que les autres
Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir
Les obus miaulaient
Entend chanter les nôtres
Pourpre amour salué par ceux qui vont périr

Le printemps tout mouillé la veilleuse l’attaque

Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts

Ulysse que de jours pour entrer dans Ythaque

Couche-toi sur la paille et songe un beau remords
Qui pur effet de l’art soit aphrodisiaque

Mais
orgues
aux fétus de la paille où tu dors
L’hymne de l’avenir est paradisiaque

Guillaume Apollinaire, Calligrammes, poèmes de la paix et de la guerre, 1918.

Le seul musée qui lui est consacré se trouve à l’abbaye de Stavelot. Je vous le conseille !

A bientôt les amis ! 😉