Ce dimanche, pas une seule marche en province de Luxembourg.
Les marcheurs habituels y laissent en effet la place aux chasseurs saisonniers.
Que cela plaise ou non à certain(e)s, c’est une activité utile et nécessaire. Tant pis pour les Ecolo-bobos, moi cela ne me dérange pas !
J’en profite donc pour me concocter quelques petites marches personnelles tant que la météo le permet !
Cela me permet de partir un peu plus tard, donc d’oublier le brouillard matinal sur la route et les soucis de parking à l’arrivée.
Je vérifie sur le site approprié si aucune chasse n’aura lieu dans le coin ce jour-là, je prépare ma carte et ma boussole.
Et me voilà parti ! Aujourd’hui, je retourne à Wéris, capitale belge des « pierres de légendes » et des « pierres dormantes ».
Je laisse le mobilvouac sur le parking du village et commence ma promenade par Pas-Bayard, un petit hameau qui doit son nom au cheval bien connu des frères Aymon.
Celui-ci y a laissé une trace de son passage en gravant l’empreinte de son sabot sur un rocher alors qu’il prenait son élan pour emmener d’un seul bond les quatre fils jusqu’à Durbuy. Qui pourrait croire une bêtise pareille ? Et pourtant,
Cette pierre, un peu moins connue des touristes, se trouve pourtant dans le jardin d’une habitation et il faut bien avouer qu’on peut passer à côté sans même y prêter attention.
Des scientifiques plus ou moins farfelus vous expliqueront qu’il s’agirait plutôt d’une pierre ayant servi de polissoir au néolithique, que la trace taillée dans la pierre indiquerait la direction de la Pierre Haina, où je passerai plus tard, moi je dis « Ça se discute ! » 😊

De là, je continue en direction des bois et d’un endroit où commence souvent l’histoire de ces pierres : la carrière de poudingue dont elles ont été extraites.
Alors que je photographie un tas de pierres près d’un panneau explicatif, un jeune chercheur de champignons de la région, qui me reconnaît pour m’avoir déjà vu sur des marches Adeps (comme quoi cela peut s’avérer bien utile d’avoir une belle moustache blanche taillée à la gauloise 😉) me signale que la carrière se trouve à l’arrière de ce tas de roches.
J’adore quand les gens comprennent, sans qu’on leur demande quoi que ce soit, que si on est là, ce n’est pas forcément parce qu’on cherche son chemin ou qu’on essaie de piquer le boulot des ramasseurs de champignons des pays de l’est, mais que c’est souvent parce qu’on aime leur région et qu’on tourne autour pour l’aimer encore plus !
Il faut se mouiller un peu les pieds pour y aller, mais quelle surprise en y arrivant ! Cela ressemble en effet plus à une carrière que ce que j’avais vu en arrivant.




Des blocs de plusieurs tonnes sont empilés les uns sur les autres, comme un tas de briques déposées au pied d’un mur !
Je ne pense pas qu’au néolithique les habitants exploitaient cette carrière de façon « industrielle ». Ils devaient plutôt utiliser des morceaux de roches tombés naturellement ou trouvés à même le sol pour les amener dans la plaine afin d’y ériger dolmens, menhirs et autres monuments funéraires.
Mais l’industrialisation arriva aux 18 et 19èmes siècles lorsqu’ils ont compris que cette roche très dure et très difficile à travailler pouvait être utilisée comme fonds de hauts-fourneaux pour la métallurgie alors en extension en Ardenne.
Avant la seconde guerre mondiale, suite à un procès, certaines pierres ont dû être reconduites sur place par l’exploitant de l’époque, ce qui explique que certaines d’entre elles paraissent avoir été taillées sur place.
Il n’y a pas si longtemps encore, des « menhirs » furent amenés de cette carrière dans de nombreuses régions pour être utilisés comme monuments commémorant nos morts des deux dernières guerres.


Je quitte la carrière pour un des endroits les plus emblématiques de la région : la Pierre Haina.
J’y arrive par un petit chemin bien aménagé pour les touristes qui n’aiment pas salir leurs bottines, mais ensuite il faut gravir un petit sentier plutôt raide pour découvrir l’endroit quelques dizaines de mètres plus haut.
J’avoue que je suis un peu déçu en y arrivant. La vue qu’on y avait encore sur la vallée il y a quelques années est complètement cachée par les arbres qui y ont poussé sans entretien.
Dans un de mes bouquins datant d’il y a près de 50 ans, l’auteur expliquait déjà que la commune prévoyait de dégager le terrain pour de nouveau avoir une magnifique vue sur le dolmen nord de Wéris. C’est raté !
Depuis, c’est encore pire !!!
La légende veut que ce soit en dessous de ce rocher que le diable redescendait aux enfers après avoir passé la nuit à tourmenter les âmes un peu partout dans le monde.
Pour l’équinoxe du printemps, les habitants avaient l’habitude de blanchir cette roche à la chaux, afin de la purifier l’endroit et de l’empêcher de revenir.
Hélas, je crois que la première fois qu’ils l’ont peinte, le diable n’avait pas encore eu le temps de rentrer en Enfer, car si on en juge par la façon dont va le monde aujourd’hui, il n’a pas dû pouvoir repartir au centre de la terre se reposer après les terribles méfaits puisqu’il les continue encore aujourd’hui !!!

Je dis ça, je dis rien, mais sincèrement, quand on aime des sites qui font vivre une région, il faudrait peut-être en prendre soin !!!


Aujourd’hui…
Et ci dessous, il y a quelques années !

J’ai trouvé encore pire comme exemples, mais il suffit de regarder des cartes postales anciennes !
Je redescends vers le même chemin par un autre petit sentier, encore plus raide que le premier, pour arriver au « Lit du Diable ».
C’est là qu’il se reposait parfois quand il n’avait pas terminé son boulot.
Pour ma part, il n’est pas l’heure de m’allonger.

Et rien que pour vous démontrer que le tourisme et les paysages d’hier n’ont plus grand chose en commun avec ceux d’aujourd’hui, en voici un bel exemple !

Un des meilleurs exemples d’utilisation de la pierre de poudingue de la carrière, le monument aux morts près de l’église de Wéris.
J’aime en général tout les monuments qui commémorent le souvenir de personnes qui ont perdu leur vie pour notre liberté, mais bon, il faut bien avouer que celui-là a vraiment l’allure de son village !!!

Je termine ma petite marche éducative au Musée des Mégalithes pour y déguster une bonne bière de circonstance.

Allez, à la prochaine ?
